Le slogan politique dans l'anekdot.
Réactions linguistiques à la manipulation communicative
eSamizdat 2004 (II) 2, pp. 89-95
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Le slogan exprime la quintessence du système soviétique. Ju. I. Levin le définit “kratkij pis’mennyj tekst (obyčno odno prostoe predloženie), vyražajuščij “rukovodjaščij ideju, zadaču, trebovanie”, oformlennyj v dostatočnom dlja massogo vosprijatija formate i raspoložennyj v tom ili inom obščestvennom meste (ulica, ploščad’ ili šosse, predprijatie, klub i t.d.)”. Le slogan soviétique politique naît au lendemain de la Révolution d’Octobre comme instrument de l’éducation populaire, affiché aux agitpoezda “trains de propagande”, qui traversaient le pays pour rejoindre les villages les plus perdus, y divulguer l’idéologie soviétique et instaurer un rapport de confiance entre peuple et pouvoir. A l’époque il était une sorte de commentaire pour affiches dans le style du lubok, sur des thématiques soviétiques, dont les protagonistes étaient des individus issus du peuple, comme le soldat, le paysan, l’ouvrier. C’est seulement à l’occasion du premier anniversaire de la Révolution, le 7 novembre 1918, que commença l’usage massif du slogan. Lénine inaugura alors la monumental’naja propaganda (propagande monumentale), qui consiste à afficher des slogans de manière stratégique sur les murs et les toits des immeubles de tout le territoire soviétique. Il s’agissait de formules brèves et incisives qui dans un premier temps divulguaient les principes du marxisme, sur lesquels était reconstruit le pays. Ensuite, elles décrivaient l’utopie soviétique et incitaient à sa réalisation. Le slogan, en tant que texte et objet ornemental, visait à transmettre un message généralisant et collectivisant à travers des images métaphoriques compréhensibles par tous. Ces images, constituées d’éléments tirés du monde concret et érigés en symboles d’idées et situations supérieures, faisaient appel davantage au côté irrationnel et émotif de l’individu plus qu’elles ne suscitaient sa capacité de réflexion. En effet, le slogan, dans la transmission de ses contenus, conserve le lien avec son origine de commentaire de lubok. Sa sémantique verbale projette dans le texte la plakatnost’, le caractère plastique de l’affiche qui fait du slogan une sorte d’illustration verbale d’un aspect déterminé de la réalité. Cependant il s’agit non pas de la réalité historique à un moment donné, mais de la réalité souhaitable de l’utopie communiste, constamment envisagée mais jamais réalisée, sauf comme fiction pendant le déroulement du rituel officiel. Le caractère “d’icône” propre au slogan pose alors un problème dans le lien référentiel entre le slogan comme signe et sa réalité comme objet, le slogan étant un signe d’un des mondes possibles, mais qui n’existe pas. Suite à l’évidence du décalage entre la réalité et l’utopie, le slogan, après sa diffusion massive, perdit rapidement son pouvoir de mobilisation et d’évocation. Il ne devint rien de plus qu’une étiquette, pure décoration du rituel, comme l’écrit G. Vinokur déjà en 1923: “dlja ucha, clyšavšego slovesnye kanonady Oktjabrja, frazeologija, eta ne bolee, čem nabor obessmyslennych zvukov”.
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